Le guide des pires bières de clochard


Se bourrer la gueule avec les bières les plus fortes et les moins chères sur le marché

Tous les 30 jours, vous êtes victimes comme nous de ce problème spécifique des moins de 25 ans : la fin du mois. Cette période se caractérise par une diminution significative du montant sur votre compte Mozaïc, suivi d’une consommation excessive de nouilles chinoises instantanées. Comme vous habitez Paris, la ville qui ne dort jamais, vous êtes sans cesse sollicités par vos amis en école de commerce pour des virées nocturnes sauvages. Le problème, c’est que le prix moyen du demi dans une boîte de nuit pérave avoisine les 15 euros, et que vos potes préféreront toujours payer des coups à des rates – qu’ils ne fourreront jamais – plutôt que de participer à l’augmentation de votre taux d’alcoolémie.

Heureusement pour vous, les plus grands cerveaux du marketing mondial se sont mis d’accord pour créer une boisson qui vous permettra de vous la coller pour pas cher : la bière de clodo. Pour une somme modique, compatible avec votre découvert, vous aurez de quoi vous mettre la mite tout en faisant la queue au Chacha.

Comme avec le vin, il existe une grande variété de bières de clochard, plus ou moins fortes, plus ou moins onéreuses. Il faut cependant garder à l’esprit que toutes ne se valent pas, et c’est pourquoi nous nous sommes mis en tête de les tester, au cas où vous auriez du mal à faire votre choix dans l’épicerie en bas de chez vous.

Nous avons donc sélectionné un échantillon représentatif des différentes bières de clochard présentes sur le marché, et les avons fait tester à des membres de la rédaction afin de récolter leurs impressions. Aussi pour complémenter notre recherche, nous avons sollicité l’expertise d’un SDF de Gare de l’Est, Fonzie.

KRONENBOURG 7,2 – 7,2 degrés

La Kronenbourg 7,2 possède, selon le fameux brasseur alsacien qui la produit, des « arômes de fruits et de malt » complétés par des « notes de fruits rouges ». Aux yeux du profane, cela en ferait une bière de « dégustation très moelleuse ». Pour Adrien, au lieu d’évoquer un parfum de groseilles acidulées, cette bière remplit plutôt le palais d’effluves de pisse dignes du chiotte du rade le plus miteux de Paris. Le goût de la Kro est resté relativement insipide tout au long de la dégustation et son design industriel assez banal de ne lui a pas rapporté de points de sex-appeal non plus. Malgré tout, Adrien s’est retrouvé un peu bourré à la fin, signe que malgré son apparente banalité, cette bière cache des qualités insoupçonnées.

Prix : 1,08 euros

Goût : 4/10

Ivresse : 7/10

L’avis de Fonzie : « C’est pas mal mais un peu cher, j’en connais qui bourrent autant la gueule et qui sont moins chères. »

BELLE FRANCE – 8,2 degrés

L’équivalent d’une bière « marque repère » du supermarché du coin, c’est la moins chère de notre sélection. Au goût, elle se rapproche assez de la Kronenbourg 7,2 – c’est-à-dire qu’elle n’en a aucun, si ce n’est une note d’urée. Malgré sa couleur verdâtre, elle se boit assez vite et provoque un état d’ébriété prononcé après l’avoir terminée. Ce qui est un putain de signe de qualité. Son principal point fort, c’est quand même son prix, dérisoire, même comparé aux autres bières de clodo consommées ce jour-là.

Prix : 0,95 euros

Goût : 3/10

Ivresse : 7/10

L’avis de Fonzie : « C’est ma préférée, je la trouve à 50 centimes à Intermarché, donc quand j’ai un euro j’en prends deux, et ça fait ma soirée. 8 degrés, c’est pas super fort quand même. »

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ATLAS – 7,2 degrés

Bière hollandaise présentée dans une jolie canette à l’effigie du dieu Atlas, nous l’avons fait tester à Julie, qui a apprécié son design soigné et l’a trouvée « très féminine ». Elle possède une jolie couleur ambrée, mais sa mousse avait l’air de durcir dans le verre. Au goût, Julie a trouvé, après la première gorgée, que « ça passait ». Malheureusement, elle « passait » beaucoup moins après trois ou quatre gorgées supplémentaires, et notre charmante collègue a eu plus de mal que prévu à finir la canette. Elle s’est retrouvée complètement bourrée à la fin du test, mais on peut mettre ça sur le dos de son appartenance au beau sexe, et probablement à ses origines asiatiques, comme elle nous l’a rappelé.

Prix : 1,50 euros

Goût : 6/10 au début, 2/10 après

Ivresse : 9/10

L’avis de Fonzie : « Ouais, elle est bonne, elle est pas chère non plus, quand j’ai un peu de thunes j’en prends. »

AMSTERDAM MAXIMATOR – 11,6 degrés

La Amsterdam, connue des citoyens de la nation free-party, se caractérise par son degré d’alcool plus élevé que celui des autres. Nous l’avons fait tester à Zelda, notre graphiste, qui ce jour-là avait fini sa soirée de la veille à sept heures du matin. En tant qu’artiste, elle a beaucoup apprécié le design « vieux loup de mer » de la canette, mais a éprouvé une légère appréhension devant la couleur vert fluo de la bière. Au niveau du goût, ce fut assez progressif. Cette bière lui a procuré tous les effets – et toutes les étapes – d’une cuite en seulement 15 minutes. À la première gorgée, elle l’a trouvée assez agréable, mais a été immédiatement rattrapée par un « arrière-goût violent ». Puis, nous l’avons vue se décomposer devant nous : elle a soudainement été prise de sueurs froides, de spasmes puis d’une forte envie de vomir, et a concédé que cette bière devenait un « enfer, après la moitié de la canette ». Cependant, après avoir digéré cette rude épreuve, elle s’est retrouvée plongée dans un état d’ébriété jovial, nous avouant en titubant qu’elle « s’en ferait bien une autre ».

Prix : 1,58 euros

Goût : 1/10

Ivresse : 9,5/10

L’avis de Fonzie : « C’est dégueulasse. »

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FAXE – 10 degrés

Cette bière danoise réputée forte – et de forte réputation – est proposée dans un format inédit. En effet, on la trouve dans une canette d’un litre, ce qui a tout de suite impressionné Loïg, en charge du test de cette bière. Immédiatement séduits par la taille du truc, nous l’avons élue à l’unanimité plus belle canette, notamment en vertu du menaçant viking « heavy metal » figurant au milieu du blason. Selon Loïg, c’est définitivement une bière à ramener en soirée ; elle a même été qualifiée d’« aimant à gonzesses » par nos testeuses féminines. Au niveau du goût, il s’agit de l’opposé de la Maximator. À la première gorgée, notre testeur nous a gratifié d’un « c’est dégueu ! » avant d’admettre que cette bière était en réalité « assez agréable » au bout de plusieurs gorgées. Loïg, qui s’est senti tout d’un coup très viking, a fini la canette entière en moins d’un quart d’heure, alternant cris, grimaces et sourires en direction de nos collaboratrices féminines. Quand il a fini l’épreuve, il était complètement bourré.

Prix : 2,50 euros

Goût : 7/10

Ivresse : 🙂

L’avis de Fonzie : « Ah ouais ! Je connaissais pas, mais deux euros cinquante pour un litre, c’est rentable ! »

Au final, nous avons pu remarquer que toutes ces bières radioactives ne se valaient pas, et qu’il existait de réelles différences de goût, de robe et de prix entre chacune d’elles. Notre ami Fonzie nous a rappelé que lorsqu’il s’agit de bières de clochard, les seuls critères de rigueur sont le prix, le taux d’alcoolémie, et rien d’autre – on s’en branle. Si vous êtes un peu raide, ces bières seront une bonne alternative pour vous mettre une caisse, mais faites gaffe, vous vous retrouverez plus rapidement que vous le croyez à vomir sur vos pompes dans une ruelle sombre avec vos potes en train de râler et des perspectives d’avenir lourdement revues à la baisse.

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